Le vrai sujet n’est pas seulement le prix du kilogramme
L’hydrogène vert est souvent présenté comme une solution pour réduire les émissions des secteurs difficiles à électrifier. Pourtant, son coût environnemental et économique ne peut pas être résumé par un seul chiffre. Pour les lecteurs francophones qui cherchent à comprendre la situation japonaise, la première question est donc méthodologique : que mesure-t-on exactement, et à quel moment de la chaîne de production ?
Les statistiques consacrées aux émissions de gaz à effet de serre permettent d’observer les rejets attribués à une économie ou à un secteur. Elles ne disent pas automatiquement quelle quantité d’émissions est liée à l’hydrogène, ni si l’électricité utilisée pour l’électrolyse est réellement renouvelable. Une analyse sérieuse doit donc distinguer la production d’électricité, la transformation de l’eau en hydrogène, le transport, le stockage et l’utilisation finale.
Un même mot peut cacher plusieurs périmètres
Le terme « émissions » peut désigner des réalités différentes. Un inventaire national cherche généralement à comptabiliser les émissions produites sur un territoire. Les comptes d’émissions atmosphériques peuvent adopter une logique sectorielle, en reliant les rejets aux activités économiques. Les empreintes de gaz à effet de serre, elles, peuvent suivre les émissions incorporées dans les biens et services, y compris lorsqu’elles sont associées à la production destinée à la consommation.
Ces approches ne sont pas contradictoires. Elles répondent à des questions différentes.
| Indicateur | Question principale | Point de vigilance |
| Inventaire d’émissions | Que rejette le territoire ? | Les émissions liées aux importations peuvent être traitées séparément |
| Comptes d’émissions atmosphériques | Quels secteurs économiques sont associés aux rejets ? | La classification des activités influence la lecture |
| Empreinte carbone | Quelles émissions sont incorporées dans la production ou la consommation ? | Le résultat dépend du périmètre de la chaîne d’approvisionnement |
| Émissions par activité | Quelle activité contribue aux gaz à effet de serre ? | Une activité peut utiliser une énergie dont les émissions sont comptées ailleurs |
Pour l’hydrogène, cette distinction est essentielle. Une installation japonaise peut produire de l’hydrogène avec une électricité peu émettrice selon un bilan territorial, tandis que la fabrication des équipements, leur transport ou l’origine de l’électricité peuvent modifier le bilan complet. À l’inverse, une production située hors du Japon peut ne pas apparaître dans l’inventaire japonais, tout en étant pertinente pour l’empreinte de la consommation japonaise.
Le coût dépend de toute la chaîne
Le coût de l’hydrogène vert ne se limite pas à l’électricité consommée par l’électrolyse. Il comprend aussi les équipements, leur entretien, l’accès au réseau électrique, la disponibilité de l’énergie, la purification de l’eau, la compression, le stockage et le transport.
Cette approche est particulièrement utile pour comparer le Japon avec d’autres pays francophones. Les conditions locales ne sont pas identiques : prix de l’électricité, distance entre les lieux de production et de consommation, infrastructures portuaires, accès à l’eau, structure industrielle et possibilité d’importer de l’hydrogène ou ses dérivés peuvent tous modifier le résultat.
Il faut également éviter de confondre le coût de production et le coût livré à l’utilisateur final. Un hydrogène produit à proximité d’une installation industrielle peut avoir un profil économique différent d’un hydrogène importé après conversion, transport et reconversion. Le choix du périmètre doit être indiqué avant toute comparaison internationale.
Pourquoi les statistiques générales restent utiles
Les sources statistiques citées ne constituent pas une base spécifique sur l’hydrogène vert. Elles sont néanmoins utiles pour construire le cadre d’analyse. Les tableaux sur les émissions de gaz à effet de serre permettent de suivre les catégories générales de rejets. Les données sur le lien entre croissance économique et émissions aident à examiner si l’activité économique et les émissions évoluent ensemble ou différemment.
Les statistiques relatives aux émissions des véhicules éclairent un autre aspect : l’hydrogène peut être discuté dans les transports, mais il faut comparer l’ensemble du système énergétique et non le seul véhicule. Les données sur les polluants atmosphériques complètent le tableau en distinguant les gaz à effet de serre des substances qui affectent directement la qualité de l’air.
Enfin, les comptes d’émissions et les empreintes de gaz à effet de serre permettent de ne pas limiter l’analyse aux émissions visibles dans le pays où le produit est consommé. Cette précaution concerne tous les marchés, qu’il s’agisse du Japon, de la France, de la Belgique ou du Canada.
Comment lire une comparaison entre pays
Une comparaison fiable devrait préciser l’unité étudiée, le périmètre géographique, les étapes incluses et la période de référence. Elle devrait aussi expliquer si l’électricité est considérée selon son origine contractuelle, selon le mélange réel du réseau ou selon une autre méthode comptable.
Le lecteur doit se méfier des comparaisons qui opposent directement une technologie à une autre sans préciser le service rendu. L’hydrogène peut être utilisé comme matière première, combustible, moyen de stockage ou vecteur de transport d’énergie. Le coût et les émissions pertinents ne seront pas les mêmes dans chacun de ces usages.
Le principal enseignement pour le Japon est donc moins un classement qu’une discipline de lecture : avant de demander si l’hydrogène vert est « bon marché » ou « bas carbone », il faut demander selon quel périmètre ces mots sont employés. Cette méthode rend les comparaisons plus compréhensibles pour les lecteurs de différents pays et évite de transformer une statistique générale en conclusion trop précise sur une filière particulière.
出典
- Statistics Denmark, « Greenhouse gas emissions » : https://www.statbank.dk/TEMA9007
- Statistics Denmark, « Economic growth and greenhouse gas emissions » : https://www.statbank.dk/TEMA9001
- Statistics Denmark, « Cars and their CO2 emissions » : https://www.statbank.dk/TEMA9013
- Statistics Denmark, « Greenhouse Gas Accounts » : https://www.statbank.dk/DRIVHUS2
- Statistics Denmark, « Bridge table for Greenhouse Gasses » : https://www.statbank.dk/MRO2
- OECD Data Explorer, « Greenhouse gas emissions in the healthcare sector » : https://data-explorer.oecd.org/
- OECD Data Explorer, « Air emissions — Air pollutants inventories » : https://data-explorer.oecd.org/
- OECD Data Explorer, « Air emissions — Greenhouse gas emissions inventories » : https://data-explorer.oecd.org/
- OECD Data Explorer, « Air Emissions Accounts » : https://data-explorer.oecd.org/
- OECD Data Explorer, « Greenhouse Gas Footprints » : https://data-explorer.oecd.org/
- OECD Data Explorer, « Shares of CO2 emissions from energy priced » : https://data-explorer.oecd.org/
- OECD Data Explorer, « GHG emissions by sector » : https://data-explorer.oecd.org/